
Après
la construction du phare de l’île Verte, 21 ans
s’écouleront avant de voir naître un second phare,
surtout à cause des coûts élevés et des ressources
limitées. Ce n’est qu’en 1826 que la Maison de la
Trinité planifie la construction d’autres phares.
Les sites suivants sont alors retenus:
l’Ile-Saint-Paul, la pointe sud-ouest d’Anticosti et
la Pointe-des-Monts. John Lambly a été envoyé en vue
du choix du site; il «se trompe» et situe la
Pointe-des-Monts à deux kilomètres à l’est de la
vraie Pointe-des-Monts. Pourquoi ce choix alors
qu’il semble que les capitaines consultés auraient
préféré un des deux autres sites potentiels? Cette
décision peut s’expliquer par «les difficultés de la
navigation à cet endroit, la situation de la pointe,
et enfin la proximité de baies protégées où les
navigateurs cherchaient refuge par mauvais temps»3.
Malgré les protestations de William Lampson, un
commerçant de fourrures qui avait des droits de
chasse sur ce territoire, les travaux de
construction débutent en juillet 1829, sous la
surveillance de James Chillaz. Ces protestations
peuvent expliquer pourquoi monsieur Lambly a décidé
de construire le phare sur un îlot plutôt qu’à la
vraie pointe. La poursuite des travaux fut menacée
lorsqu’un cartographe, monsieur Bayfield, déposa une
plainte. Il conteste le choix du site, car l’îlot
est trop à l’est de la vraie Pointe-des-Monts. Il
soutient que les signaux lumineux doivent être vus
par les navires qui passent près des bancs de
Manicouagan. Enfin, John Lambly lui-même reconnaît
que la plainte est fondée. Toutefois, comme
l’emplacement était approprié pour les navires
venant de l’est et considérant que les travaux
étaient avancés, les arbres de la vraie pointe
furent abattus dans le but d’améliorer la vue de cet
endroit. Finalement, le phare entra en fonction en
septembre 1830. Il aura veillé sur les marins durant
134 ans, jusqu’en décembre 1964.
L’ajout de dépendances variées au fil du temps de
même que les fonctions remplies par ces dernières
ont modelé à leur façon le site du phare. À l’été
1831, un dépôt de provisions pour les naufragés fut
construit, vu le nombre impressionnant de naufrages.
D’autre part, pendant l’hiver 1846-1847, une
vocation religieuse s’est ajoutée à la vocation
maritime du phare. En effet, deux Pères s’installent
dans la tour: le père Flavien Durocher et le père
André Garin. Leur venue est en partie due à la
présence de Montagnais à la Pointe durant l’hiver.
En 1850, la Maison de la Trinité fait construire une
véritable maison sur le côté nord de la tour, parce
que l’entrepôt construit par le premier gardien
(Wallace) tombait en ruine. Cette construction fut
achevée en 1851. Cependant, le gardien de l’époque,
Béjard, n’avait pas le droit d’habiter cette maison;
elle avait seulement pour fonction de loger les
naufragés et d’entreposer les provisions du dépôt.
De plus, en 1867, la Maison de la Trinité fait
ériger une poudrière pour abriter les réserves de
poudre nécessaires au fonctionnement d’un premier
canon devant servir de signal sonore pour les
navires. Durant la période s’étendant jusqu’à 1872,
une grange-étable ainsi que quelques entrepôts se
sont ajoutés au décor.
Fait marquant à noter en 1889, la maison des
naufragés a dorénavant une nouvelle fonction: celle
d’abriter le gardien et sa famille. De fait, le
dépôt de provisions n’était plus nécessaire, car le
télégraphe permettait alors de ramener les naufragés
beaucoup plus rapidement. Enfin, un nouveau phare
entièrement automatisé fut construit en 1964.
Actuellement, il nous est possible de visiter ce
monument historique et de profiter de diverses
activités éducatives, d’expositions ou encore du
restaurant gastronomique niché dans l’ancienne
maison du gardien.
FRENETTE, Pierre.
Le phare historique de Pointe-des-Monts et ses
gardiens. Québec, Société historique de la
Côte-Nord, 1990. 63
Les gardiens au phare de Pointe-des-Monts
1830-1844 James Wallace
1844-1867 Zoël Bédard
1867-1872 Paul Pouliot
1872-1889 Louis-F. Fafard
1889-1926 Victor Fafard
1926-1954 Georges Fafard
1954-1959 Sauveur Duguay
1959-1978 Jacques landry
1978-1983 Roland Boudreault
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